Les communautés de Mintoum au Cameroun se renforcent dans la diversité à travers un protocole communautaire

By Jazzy Rasolojaona

Baka Cameroon Jazzy BCP consultations
Derrière chaque produit, il y a une histoire. Cette fois-ci, l’histoire nous mène dans le chaleureux village de Mintoum, en plein forêt équatorial, dans la Région de l’Est du Cameroun.

Les Baka et les Bantou sont deux ethnies qui y vivent et fournissent des produits non-ligneux de la forêt à différentes entreprises privées. Parmi elles, il y a une entreprise étrangère qui demande actuellement l’accès à une ressource locale pour une utilisation cosmétique. Par respect des règles en matière d’Accès et de Partage des Avantages (APA), l’entreprise prévoit de négocier un accord de partage des avantages avec les communautés de Mintoum. C’est dans ce cadre que s’est émergé la motivation des deux groupes ethniques à développer un protocole communautaire. Cet engagement a été documenté par les communautés elles-mêmes après différentes réunions de concertations.

Natural Justice et l’Initiative APA les appuient dans cette démarche à travers une initiative conjointe de GIZ projet régional d’appui à la COMIFAC et GIZ BioInnovation Afrique.

Les Bantou et les Baka de Mintoum ont décidé de développer un protocole communautaire pour se préparer et s’organiser aux négociations mais également à ce qui va se passer après, c’est-à-dire leur engagement dans la chaîne de valorisation de la ressource. Cela permettra de réduire les risques de dérive et de conflits liés à la conclusion et à l’application des accords qui seront conclus entre les communautés et l’entreprise et ses partenaires. A travers leur protocole, les deux ethnies veulent donc établir une convention collective sur la manière dont chacun va participer aux décisions qui vont être prises par rapport à la demande d’accès et au-delà. Ils veulent également clarifier les droits de chacun ou encore la manière dont les éventuels avantages pourraient être partagées et jouies équitablement entre les membres du village. Ce dernier point s’avère être un sujet à désagrément récurrent selon les expériences des communautés.

Les premières conversations ont permis aux communautés de voir le développement de leur protocole comme une opportunité pour aborder d’autres défis majeurs. Le protocole pourrait être une voie pour améliorer les relations entre les deux groupes ethniques. Et surtout de servir d’outil d’empowerment (autonomisation) pour les Baka. Les Baka sont des peuples de la forêt qui ont été déportés dans le village de Mintoum. Ils font partie des peuples dit vulnérables au Cameroun comme ce que sont, sous une autre appellation générale mais controversée dans le pays, les peuples autochtones au niveau international. Malgré tout, les Baka continuent d’entretenir de forts liens bioculturels avec leur environnement dont les limites, selon la conception coutumière, tend à dépasser le découpage administratif. Baka et Bantou ont un système culturel différent sur de nombreux points et vivent ensemble sous les mêmes règles, celles du village.

Baka Cameroon Jazzy BCP consultations

Au-delà de l’APA, les Baka voudrait se servir du protocole pour revendiquer et affirmer leur droit à accéder à certaines parties de la forêt, dès lors interdit, pour des activités culturelles et de subsistance telles que la cueillette et la chasse. En effet, dès moins de cinq ans, un enfant Baka accompagne déjà ses parents dans la forêt, les observe et apprend ce qu’ils font. L’enfant apprendra où trouver et comment cueillir les plantes médicinales, comment trouver certains animaux, par exemple. Ce n’est pas à défaut d’alternatif, mais cela fait partie intégrante de leur identité et leur manière de vivre, entre autres raisons. L’inclusion de ce genre d’informations dans le protocole communautaire permettrait de communiquer sur leur mode de vie et promouvoir leur prise en compte et leur respect par les autres acteurs. Il en est de même pour les Bantou avec leurs règles coutumières et traditionnelles liées à leurs terres et aux ressources. Le protocole communautaire devra donc veiller à assurer l’intégration de la spécificité traditions et des coutumes des Baka et des Bantou, chacun de leur côté et ensemble.

Car « ensemble on est plus fort…la diversité est une force » selon un discours exprimé lors d’une réunion communautaire.

6 April 2020

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