« Strategy for Renewable Energy and Energy Efficiency » (SEREE)
I. Contexte et justification
- Energie propre à coût abordable : un objectif majeur de développement durable de l’ONU
L’Assemblée générale de l’Organisation des Nations unies (ONU) a adopté 17 objectifs de développement durable (ODD), déclinés en 169 cibles pour la période 2015-2030. Parmi ces objectifs, figure notamment l’objectif 7 qui vise à garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable. Il veut accroître de manière significative la part des EnR dans le mix énergétique et multiplier par deux l’amélioration de l’efficacité énergétique.
L’Organisation internationale estime par ailleurs que les flux financiers internationaux vers les pays en développement en faveur des EnR ont chuté pour la deuxième année consécutive, s’établissant à USD 10,9 milliards en 2019, contre 14,3 milliards en 2018 et 24,7 milliards en 2017. Dans le même temps, la part des EnR dans la consommation finale d’énergie a peu évolué ces dernières années, passant de 16,1% en 2010 à 17,7% en 2019, dans un contexte d’autant plus marqué par une “Sollicitation fossile” tout aussi dynamique. Face à ce constat, un récent rapport élaboré par l’Organisation Météorologique Mondialerecommande de tripler les investissements dans les EnR d’ici 2050, pour que le monde puisse atteindre la neutralité carbone à cet horizon.
- 2 Potentiel du continent africain en Energie Renouvelable
L’Afrique se distingue par son gros potentiel en matière d’EnR. Au niveau de l’énergie solaire, le continent abrite 60% des meilleures ressources solaires au monde selon l’Agence internationale de l’énergie. Le continent reçoit plus en détail un rayonnement solaire moyen annuel de 2 119 kWh/m2 ; la plupart des pays d’Afrique du Nord, d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique australe recevant chaque année en moyenne plus de 2 100 kWh/m2. L’IRENA estime le potentiel technique du continent en matière d’énergie solaire PV à 7 900 GW. Concernant l’énergie éolienne, son exploitation reste encore peu développée sur le continent.
Selon une étude de la SFI, à lui seul, le potentiel éolien terrestre africain (180 000 TWh/an) permettrait de satisfaire 250 fois la demande totale d’électricité du continent. L’IRENA estime, pour sa part, le potentiel technique de la production d’énergie éolienne à 461 GW. L’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe sont les régions les plus propices au déploiement de ce type d’énergie. Par ailleurs, la présence de grands fleuves permet au continent de disposer d’un énorme gisement hydroélectrique.
Selon l’Association Internationale de l’Hydroélectricité (IHA), ce potentiel est estimé à 474 GW contre 73 GW en Europe, 275 GW en Amérique du Sud, 387 GW en Amérique du Nord & Centrale, 359 GW en Asie de l’Est & Pacifique et 355 GW en Asie du Sud & centrale. Pour IRENA, le potentiel inexploité dans la région est estimé à 1 753 GW. L’Afrique dispose également d’un énorme potentiel pour produire de l’hydrogène en utilisant ses riches ressources renouvelables. Plusieurs projets d’hydrogène bas carbone sont en cours ou en discussion en Égypte, en Mauritanie, au Maroc, en Namibie et en Afrique du Sud. La baisse mondiale du coût de production d’hydrogène pourrait permettre aux pays du continent d’en fournir à l’Europe du Nord à des prix très compétitifs d’ici 2030. L’exploitation de ce potentiel d’EnR nécessiterait le décaissement des financements climatiques promis par les pays riches à l’Afrique, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. En effet, sur les 2 800 milliards USD investis dans les EnR dans le monde entre 2000 et 2020, seulement 2% sont allés à l’Afrique.
- 3 Le contexte Sénégalais
La forte dépendance énergétique du Sénégal vis-à-vis des énergies non renouvelables, comme le gaz ou le pétrole, a eu pour effet de rendre particulièrement vulnérable son système de production économique, sans compter la pression insoutenable que les variations erratiques des prix de ces produits exercent sur les finances publiques de l’Etat.
Dès lors, le Gouvernement du Sénégal a mis en place une politique visant à rechercher des solutions alternatives à ces problèmes d’approvisionnement en énergie, en favorisant, dans ce cadre, le développement des énergies renouvelables au moyen de la diversification des sources de production.
Cette démarche est d’autant plus fondée que le Sénégal est doté d’un potentiel non négligeable en ce qui concerne les différentes sources d’énergies renouvelables : solaire, éolienne, hydraulique et biomasse.
Toutefois une telle stratégie de promotion et de développement de ces énergies non fossiles, suppose, au préalable, la mise en place d’un cadre juridique approprié, suffisamment incitatif pour permettre la production en quantité suffisante, le stockage, le transport ainsi que la commercialisation de ces produits sur toute l’étendue du territoire national.
C’est dans ce cadre que la loi n° 2010-21 portant loi d’orientation sur les énergies renouvelables a été adopté afin de répondre de façon adéquate aux défis de la croissance économique et de la mondialisation et de préserver l’environnement et le climat dans le cadre des activités de production et de consommation d’énergie, conformément aux souhaits et aux exigences de la communauté internationale.
Par ailleurs pour éviter les disparités de textes régissant le sous-secteur de l’électricité, la loi n° 2021-31 du 9 juillet 2021 portant Code de l’électricité a été adoptée. Elle constitue le référentiel unique dans le secteur de l’électricité. Il regroupe l’ensemble des dispositions relatives au sous-secteur de l’électricité qui étaient contenues dans divers textes notamment la maîtrise de l’énergie et le recours aux énergies renouvelables. Cette loi abroge la loi n° 98-29 relative au secteur de l’électricité et la loi n° 2010-21 d’orientation sur les énergies renouvelables précitées. Toutes les dispositions contenues dans cette dernière sont maintenant transposées dans le nouveau code de l’électricité.
En 2023, les énergies renouvelables représentaient 27,35 % de la capacité totale installée et 19,48 % de la production brute d’électricité (6654,02 GWhs). Des initiatives spécifiques ont permis ces avancées :
- intensification de la production d’énergies renouvelables dans les réseaux interconnectés et les systèmes isolés tout en veillant à mitiger les risques d’intermittence ;
- développement et pérennisation de l’éclairage public solaire en rapport avec les collectivités territoriales ;
- accompagnement du développement des énergies renouvelables par la mise en place d’incitations pour la facilitation de l’acquisition d’équipements en Energies renouvelables ;
- utilisation plus accrue du solaire dans le développement de services productifs et l’électrification des structures communautaires en zone rurale ainsi que la diffusion de chauffe-eau solaire ;
- mise en place d’un dispositif de promotion et de contrôle qualité des équipements en énergie renouvelable ;
- programme de réduction des factures publiques d’électricité dans l’administration ;
- programme de diffusion des lampes à économie d’énergie dans les administrations et établissements publics.
En 2050, le Sénégal aspire à devenir un modèle de souveraineté, de justice sociale et de prospérité économique à travers des réformes stratégiques touchant divers domaines. L’un des objectifs majeurs est de garantir une souveraineté énergétique complète en produisant l’intégralité de son électricité à partir de ressources nationales, notamment le gaz, l’énergie solaire et éolienne. Ce projet vise à rendre l’électricité accessible à moins de 60 FCFA le kWh, tout en permettant au pays de devenir un exportateur d’électricité dans la région de l’Afrique de l’Ouest.
Par ailleurs, l’initiative s’accorde aussi avec le Partenariat pour une Transition Énergétique Juste (JETP), dont le Sénégal est l’un des pays pilotes. Le JETP engage le pays dans une restructuration profonde de son système énergétique autour de trois piliers : réduction progressive de la dépendance aux énergies fossiles, accélération de l’investissement dans les renouvelables, et inclusion sociale des populations et travailleurs impactés. Dakar, en tant que capitale et pôle urbain majeur, a un rôle déterminant à jouer dans la territorialisation des engagements du JETP.
1.4 La Ville de Dakar, une ville engagée dans une transition énergétique
La ville de Dakar, cœur politique, économique et social du Sénégal, fait face à une triple vulnérabilité : énergétique, climatique et socio-économique. Avec une population estimée à plus de 3,8 millions d’habitants sur moins de 0,3 % du territoire national, Dakar concentre plus de 60 % de l’activité économique du pays, une urbanisation galopante et une demande énergétique en forte croissance. Cette situation exerce une pression inédite sur les infrastructures énergétiques, entraînant des déficits d’accès, des inégalités d’approvisionnement, et une dépendance critique aux énergies fossiles importées, qui représentent plus de 80 % du mix énergétique national.
En partenariat avec The African Climate Fondation (ACF), le premier organisme de financement stratégique dirigé par l’Afrique qui travaille sur l’interface du changement climatique et du développement et l’organisation panafricaine, Natural Justice qui est pionnière en matière de justice environnementale, la Ville de Dakar s’engage dans la mise en œuvre d’un plan structuré, à forte portée institutionnelle, communautaire et environnementale.
Dans ce cadre, le projet SEREE s’inscrit comme un catalyseur stratégique de transformation. Il ambitionne de faire de Dakar un territoire pilote en matière d’énergies renouvelables (solaire, biogaz, etc.) et d’efficacité énergétique (bâtiments publics, éclairage urbain, marchés, etc.), avec une approche centrée sur la justice environnementale et la gouvernance inclusive.
II. Résumé du projet envisagé
La stratégie proposée pour une transition énergétique juste à Dakar adopte une approche intégrée et progressive visant à renforcer les capacités locales et à assurer une transition inclusive vers les énergies durables. Elle commence par l’élaboration d’une stratégie énergétique durable globale intégrant les énergies renouvelables (ER) et l’efficacité énergétique (EE) dans les politiques municipales. Cette stratégie s’appuiera sur des évaluations détaillées de la demande énergétique, des consultations des parties prenantes et une évaluation des bâtiments publics afin d’identifier leur potentiel d’économies d’énergie.
Cette stratégie sera soutenue par des incitations fiscales et réglementaires pour attirer les investissements dans les ENR, ainsi que par des efforts visant à mobiliser le secteur privé et à créer des emplois verts. Un plan de mobilité durable dédié favorisera l’adoption des véhicules électriques (VE) et des infrastructures associées. Le projet aboutira à la préparation d’un portefeuille de projets d’ER et d’EE, bénéficiant d’un financement, soutenu par un engagement continu des parties prenantes, une gestion de projet rigoureuse et un système de suivi, d’évaluation et d’apprentissage (SEA) performant afin de garantir un impact mesurable et durable pour la ville.
III. Objectif de la mission de Consultance
Objectif général : Accélérer la transition énergétique juste au niveau municipal en renforçant la planification stratégique et la préparation des projets à Dakar.
Objectifs spécifiques :
Objectif 1 : Renforcer la capacité des municipalités à planifier et à intégrer les énergies renouvelables (EnR) et l’efficacité énergétique (EE) dans leurs plans territoriaux climat, air et énergie actualisés.
Objectif 2 : Développer un portefeuille de projets EnR et EE, étayé par des études de faisabilité technique et financière, à intégrer au plan d’investissement du JETP.
Objectif 3 : Mobiliser et renforcer les capacités des acteurs locaux pour promouvoir une transition énergétique juste et inclusive, fondée sur des actions concrètes en matière d’EnR et d’EE.
IV. Les livrables
L’élaboration de la stratégie sera au cœur du projet et se déroulera en 3 phases :
Phase 1 : Élaboration de la stratégie SEREE
1. Consultation et évaluation : Étude de la demande énergétique : Analyse de la consommation énergétique actuelle des bâtiments publics et privés mais aussi dans le secteur de informel.
2. Consultation des parties prenantes : Organisation de forums avec les entreprises locales, les ONG et les citoyens afin de recueillir leurs besoins et leurs contraintes.
3. Diagnostic des bâtiments publics : Identification des bâtiments clés gérés par la municipalité afin d’évaluer leur potentiel d’efficacité énergétique.
4. Plan de sensibilisation : Élaborer un programme de sensibilisation à l’utilisation des énergies renouvelables pour les ménages et les entreprises.
Phase 2 : Politique de promotion des énergies renouvelables
1. Cadre réglementaire : Réaliser une étude pour comprendre le cadre réglementaire, ses lacunes et les pistes d’amélioration.
2. Incitations fiscales et juridiques : Proposer des mesures fiscales (exonérations, crédits d’impôt, etc.) pour les ménages et les entreprises investissant dans des installations solaires.
3. Soutien au secteur privé : Mobiliser le secteur privé local pour fournir des équipements adaptés, tels que des panneaux photovoltaïques et des dispositifs d’efficacité énergétique.
4. Création d’emplois : Identifier et promouvoir la formation dans le secteur des énergies renouvelables. Établir des partenariats avec des établissements de formation pour développer des programmes pertinents multi-niveau
Phase 3 : Mobilité durable
1. Plan de mobilité électrique : Élaborer une stratégie pour intégrer les véhicules électriques au parc automobile municipal et encourager leur adoption par les particuliers.
2. Collaboration avec les acteurs publics : Collaborer avec des institutions telles que le CETUD et le ministère des Transports pour développer des infrastructures adaptées à la mobilité électrique. Il faudra aussi recenser les initiatives privées, les start-ups, les technologies en développement dans ce domaine à Dakar.
V. Le périmètre de l’étude
Le projet sera mis en œuvre dans tout le département de Dakar, y compris dans les 19 communes qui constituent l’agglomération.
Les bénéficiaires du projet seront :
Bénéficiaires directs :
- Responsables et décideurs municipaux : Les acteurs étatiques et non étatiques impliqués dans la prise de décision dans le secteur de l’énergie bénéficieront d’une meilleure compréhension des enjeux du secteur et amélioreront leurs capacités décisionnelles.
- La ville de Dakar : La ville disposera des outils nécessaires pour réduire significativement ses factures d’électricité.
- Ménages locaux : Les familles auront accès à des solutions d’énergie renouvelable (panneaux solaires, lampes LED, autres expériences locales), réduisant ainsi leurs coûts énergétiques et améliorant leur qualité de vie.
- Entreprises informelles : Ces entreprises bénéficieront d’une réduction des coûts énergétiques et d’une productivité accrue grâce à des équipements d’énergie renouvelable appropriés.
- Groupes prioritaires : Les jeunes, les femmes et les personnes handicapées seront spécifiquement ciblées et bénéficieront de programmes de formation et d’opportunités d’emplois verts.
Bénéficiaires indirects : Grâce à la recherche sur les incitations et l’amélioration de l’environnement favorable, tous les habitants du département de Dakar bénéficieront de ces changements positifs.
VI. Durée de la prestation
La prestation sera étalée sur 45 jours repartis sur 6 mois
VII. LIVRABLES
Cette consultation devra aboutir à la production de :
Un Rapport définitif intégrant les observations, recommandations et suggestions du client et des différentes parties prenantes issus de l’atelier de validation.
Un Rapport d’Orientation Méthodologique qui précise la compréhension des TDR par l’équipe de consultants, l’approche méthodologique proposée, les différentes phases de l’étude et les acteurs clés à rencontrer ;
Un Rapport Diagnostic Actualisé ;
Un Rapport Provisoire ;
VIII. Composition de l’équipe de Consultants
Un ou une Ingénieur en inclusion et économie sociale et solidaire. Il ou elle doit bénéficier d’une expérience d’au moins 05 ans.
Un (e) expert (e) en énergie renouvelable, efficacité énergétique et mobilité durable. Il ou elle sera le ou la chef de mission et doit bénéficier d’une expérience de 10 ans dans le domaine.
Un (e) expert (e) en économie d’énergie et financement des énergies renouvelables et efficacité énergétique. Il ou elle doit bénéficier d’une expérience d’au moins 05 ans.
Un (e) expert (e) en droit de l’environnement et fiscalité. Il ou elle doit faire valoir d’une expérience d’au moins 5 ans.
IX. Contenu des candidatures
Toutes les candidatures devront inclure :
- Une proposition technique contenant les éléments suivants :
Un calendrier de la mise en œuvre.
Une brève description de chaque membre de l’équipe de Consultants ;
Au moins trois exemples de projets ou expériences dans le domaine des énergies durables et de l’efficacité énergétique ;
Une note de compréhension des termes de référence ;
La méthode de travail envisagée (réunions, recherche documentaire, étude de terrain, entretiens…) ;
Le schéma de gouvernance entre les différents acteurs et les différents rôles de chacun ;
- Une proposition financière verrouillée avec un code à communiquer par mail
La proposition financière doit être soumise sur la base de l’approche forfaitaire, et libellée en FCFA. Afin de faciliter la comparaison des offres financières, il est recommandé aux candidats de fournir une ventilation de ce montant forfaitaire. Le cabinet ou l’équipe de consultants doit détailler dans sa proposition financière les coûts des transports, les honoraires et tout autre frais, en tenant compte du nombre de jours de travail prévus.
X. Critères d’évaluation
Les candidatures seront évaluées selon les critères suivants :
| Critères d’évaluation | Pondération |
| Robustesse de la proposition de réalisation de l’étude, de la méthodologie et de la capacité à répondre aux exigences énumérées | 30% |
| Qualification et expérience de l’équipe sur les sujets d’efficacité énergétique et énergie renouvelable (exemples de travaux appréciés) | 25% |
| Raisonnabilité des coûts | 20% |
| Présence locale à Dakar et expérience de travaux avec la Ville ou autre gouvernement local. | 5% |
| Capacité de l’équipe à proposer des innovations dans la gouvernance des Enr, inclusion sociale et technologique pour une ville comme Dakar | 10% |
| Alignement de l’offre avec les objectifs du Sénégal pour une transition énergétique juste. | 10% |
XI. Date de clôture et envoie des offres
Le présent appel d’offres répond aux exigences d’une procédure ouverte et concurrentielle. Les candidatures seront acceptées jusqu’à 17h 00 heure de Dakar, le 10 octobre 2025. Toute candidature reçue après cette date et cette heure ne sera pas acceptée.
Les offres seront envoyées à Madame Aby Ndiaye par courriel suivant les adresses suivantes : aby@naturaljustice.org ou admin.dkr@naturaljustice.org.